Petit à petit
Il était une fois, aux premiers jours de l'atelier, une petite commode perchée sur de longues pattes fines, comme un oiseau prêt à s'envoler. Mais elle ne s'envolait pas. Elle était restée trop longtemps dans l'ombre d'un couloir, sa couleur fanée, ses tiroirs vides, et elle avait oublié qu'elle avait des ailes.
L'Alchimiste, elle, commençait tout juste son aventure. Son atelier était petit et ses outils peu nombreux, mais ses rêves étaient déjà immenses. En voyant la commode, elle sourit : « Toi et moi, nous sommes pareilles. Nous commençons, voilà tout. »
Elle choisit alors pour elle la couleur des premiers bourgeons, un vert profond et frais comme une forêt après la pluie. Sur sa façade, elle fit éclore une couronne de roses blanches et de feuillages dorés, et au milieu, elle écrivit la phrase qui la guidait chaque matin : Petit à petit, l'oiseau fait son nid.
Puis, comme le fait l'oiseau, elle s'occupa de l'intérieur. Elle tapissa chaque tiroir d'un vert tendre, doux comme le duvet, et y sema des arabesques cuivrées pour que tout ce qu'on y rangerait se sente bien au chaud. Enfin, elle sculpta le dessus d'un relief léger, comme de la dentelle posée au soleil de printemps.
Brin après brin, meuble après meuble, l'atelier grandit. Là où il n'y avait qu'un petit nid se dresse aujourd'hui une grande demeure, pleine de merveilles. Et la commode verte est toujours là pour le rappeler à qui veut l'entendre : les plus grandes aventures ne commencent jamais en grand.
Morale : petit à petit, l'oiseau fait son nid… et le rêve, sa maison.

Commentaires