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Le Buffet de toutes les maisons

il y a 1 jour
2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 8 heures

Les contes de L'alchimie




Il était une fois, au pays des collines vertes, un buffet si commun qu'on ne le voyait plus. Il y en avait un dans chaque ferme, dans chaque cuisine, dans chaque salle où l'on se réunissait le dimanche. Il gardait la vaisselle des noces, les nappes brodées, les confitures de l'été et les secrets de famille glissés au fond du tiroir.

Des générations durant, il servit sans rien demander. Mais les enfants grandirent, les maisons se vidèrent, et un jour on le poussa au fond d'une grange. « Des comme lui, il y en a partout », dirent les hommes. Et c'était vrai. Alors le buffet se tut, persuadé qu'il n'avait rien de précieux, puisqu'il ressemblait à tous les autres.

C'est là que l'Alchimiste le trouva. Elle passa la main sur son plateau usé et sentit sous la poussière le bois qui respirait encore. Elle le mit à nu, et le vieux chêne retrouva sa lumière de miel. Puis elle revêtit son corps d'une robe de nuit, sombre et profonde comme un ciel sans lune, où fleurirent en relief des arabesques dignes d'un palais. Ses poignées s'éveillèrent, dorées comme des bijoux anciens.

Quand le buffet se vit ainsi paré, il ne se reconnut pas. Lui, l'ordinaire, lui, le meuble de toutes les maisons, portait désormais une parure que nul autre ne possédait.

On dit qu'aujourd'hui encore, entre deux chandeliers d'or, il attend la maison qui saura l'aimer, non plus comme un buffet parmi tant d'autres, mais comme le seul de son espèce.

Morale : ce n'est pas d'être rare qui rend précieux, c'est d'être regardé.

 
 
 

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