La Première Floraison
Dernière mise à jour : 25 sept.
Les contes de L'Alchimie
Il était une fois, au tout premier matin de l'atelier, une enfilade qui attendait. L'Alchimiste venait d'ouvrir sa porte, les étagères étaient encore vides, et ses mains n'avaient encore transformé aucun meuble. L'enfilade fut la première à franchir le seuil.
Elle était belle, mais d'une beauté fatiguée. Ses pieds en volute avaient dansé dans bien des salons, et ses coquilles sculptées gardaient le souvenir d'une mer qu'elle n'avait jamais vue. L'Alchimiste, elle, les reconnut aussitôt : elles lui rappelaient l'océan de son enfance. « Tu viens de chez moi », murmura-t-elle.
Elle la vêtit d'une robe de nuit et fit briller chaque coquille, chaque courbe, d'un fil d'or comme on souligne les plus beaux mots d'une lettre. Puis elle hésita. Il manquait quelque chose, de la vie, un printemps.
Alors elle fit pousser des fleurs. Pas des fleurs posées, mais des fleurs qui montent : des pivoines, des roses sauvages et des herbes fines, qui semblaient sortir de terre pour grimper le long des portes, comme si le jardin tout entier avait voulu rejoindre le meuble.
Et dans son cœur, derrière les portes, elle cacha un trésor : un velours couleur grenat, orné de joyaux dorés, le secret de celle qui a de la noblesse jusqu'à l'intérieur.
On raconte que ce jour-là, l'Alchimiste comprit ce qu'elle voulait faire de sa vie. Car l'enfilade n'était pas seulement la première pièce de l'atelier. C'était la première graine d'une aventure qui, depuis, n'a jamais cessé de fleurir.
Morale : tout ce qui fleurit a d'abord osé sortir de terre.

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